On l’attendait depuis des années. Franchement, quand on voit ce qui existe au Royaume-Uni, aux États-Unis ou au Japon, ça faisait presque tache que la France, pays qui a quand même accouché d’Ubisoft, de Quantic Dream et d’une flopée de studios indés qui cartonnent, n’ait toujours pas son musée dédié au jeu vidéo. C’est désormais réglé. Le tout premier musée français consacré au gaming vient d’ouvrir ses portes dans le Val-de-Marne, et à en juger par les premiers retours, l’endroit tient la promesse.
Le directeur des lieux a lâché une phrase qui résume assez bien l’esprit du projet : « Allez-y, faites-vous plaisir. » Traduction : on ne vient pas ici pour regarder des consoles derrière une vitrine. On vient pour toucher, tester, jouer. C’est un peu la philosophie qu’on retrouve sur des plateformes de loisirs comme Alexander Casino, où cette nouvelle plateforme mise justement sur l’expérience directe plutôt que sur la contemplation passive. Le musée, lui, applique la même recette au patrimoine vidéoludique.
Val-de-Marne, épicentre inattendu du gaming français
Personne n’aurait parié sur le 94 pour héberger un tel projet. Et pourtant. Le département, qui accueille aussi la Fête de la Science 2026 avec un focus sur les saveurs à Vitry-sur-Seine, semble décidé à jouer la carte culture-loisirs à fond. Deux événements majeurs sur un même territoire, à quelques mois d’intervalle, ça commence à faire une dynamique.
Le pari du musée, c’est de ne pas se contenter d’aligner les vieilles machines. On y trouve évidemment des bornes d’arcade qui sentent bon les années 80, des consoles rétro remises en état de marche, mais aussi une vraie réflexion sur l’évolution du médium. Comment on est passé du pixel gros comme une brique à des mondes ouverts photoréalistes. Comment le jeu vidéo est devenu, à peu près en même temps que le cinéma l’a été au XXe siècle, un art à part entière.
Pourquoi les musées gaming explosent maintenant
Le timing n’est pas un hasard. La génération qui a grandi manette en main a aujourd’hui entre 35 et 50 ans. Elle a du pouvoir d’achat, une nostalgie assumée, et surtout envie de transmettre à ses gamins un truc qu’elle a adoré. Résultat : les musées gaming poussent un peu partout. Le National Videogame Museum, outre-Manche, vient par exemple de mettre la main sur un objet mythique, le kit de développement de la fameuse Nintendo PlayStation. Ce prototype qui n’aurait jamais dû exister, né d’un partenariat avorté entre Nintendo et Sony au début des années 90, avant que Sony ne finisse par lancer la PlayStation toute seule dans son coin. Une pièce historique, presque une relique.
Ce genre d’acquisition, c’est ce qui fait la différence entre un musée sérieux et un simple espace nostalgie. Il faut des pièces uniques. Des raretés. Des trucs que même les collectionneurs les plus obsessionnels n’ont jamais pu approcher.
Le gaming s’invite partout, même chez Grévin
Ce qui est marrant, c’est que la reconnaissance culturelle du jeu vidéo se voit aussi dans des endroits qu’on n’attendait pas. Le musée Grévin, temple parisien de la statue de cire depuis plus d’un siècle, vient d’installer l’équipage de One Piece dans un décor inédit. Alors oui, techniquement, One Piece c’est un manga et un anime avant d’être un jeu vidéo. Mais la frontière entre les cultures pop est devenue tellement poreuse que ça n’a plus vraiment d’importance. Les fans qui viennent voir Luffy et Zoro en cire, ce sont souvent les mêmes qui ont écumé les jeux tirés de la licence.
Le truc c’est que le musée en tant qu’institution est en train de se réinventer. On sort de la logique « regarde mais touche pas » pour aller vers quelque chose de plus vivant, plus interactif. Et le gaming, forcément, est en pointe sur ce mouvement.
Quand le jeu vidéo simule le musée
Petite mise en abyme sympa : au moment où les vrais musées s’ouvrent au gaming, un jeu vidéo cartonne en proposant justement de gérer son propre musée. Two Point Museum, sorti il y a quelques mois, était gratuit tout un week-end sur Steam et Xbox. Le principe est simple : tu construis ton musée, tu choisis les expos, tu gères les visiteurs, tu envoies des équipes chercher des artefacts. C’est bête et méchant, mais c’est bougrement efficace. Le studio derrière (les mêmes qui avaient fait Two Point Hospital) a un vrai savoir-faire pour rendre attachantes des simulations de gestion qui, sur le papier, n’ont rien de sexy.
Coïncidence ou signe des temps ? Sans doute un peu des deux. Le fait est que le musée, comme concept, fascine à nouveau. Y compris les gamers.
Ce qui manque encore
Reste que côté français, on part de loin. Un seul vrai musée dédié, c’est peu pour un pays qui compte plusieurs millions de joueurs réguliers. À titre de comparaison, le Japon a des dizaines d’espaces dédiés, entre musées officiels et lieux privés autour de Nintendo, Sega ou Capcom. Les États-Unis ont le Strong National Museum of Play à Rochester, qui est une référence mondiale. L’Allemagne a le Computerspielemuseum de Berlin depuis presque quinze ans.
Bref, on a du chemin à faire. Mais l’ouverture dans le Val-de-Marne, c’est peut-être le début d’une prise de conscience. Le jeu vidéo pèse plus lourd économiquement que le cinéma et la musique réunis en France. Ce serait quand même dingue qu’il n’ait pas sa place dans le paysage culturel institutionnel.
Prochaine étape logique : que les grandes villes de province suivent. Lyon, Bordeaux, Nantes, il y a de la place pour plusieurs projets. Et vu comment les premières semaines se passent côté 94, on se dit que les investisseurs vont commencer à tendre l’oreille.